LE ROI DE
TINTAMARRE
La petite île de
Tintamarre est une langue de terre plate et basse située à proximité de l’île
franco-néerlandaise de Saint Martin/Sint Maarten. Comme toutes les îles de Antilles, ses statuts ont
changés au gré des guerres navales et des compromis diplomatiques.
Le sort de Flat Island,
ainsi appelée par les Anglais, fut lié à celui de Saint Martin jusqu’en 1764,
où elle passa par succession au roi Payne, sujet du roi d’Angleterre résidant à
St Kitts, qui y installa une maison avec citerne. Il
aimait venir y chasser pêcher, sans oublier d’arborer le pavillon anglais à
l’approche des frégates françaises. Ce fut là l’objet d’un échange de
protestation entre les gouverneurs en poste qui dura jusque 1790, quand il fut
reconnu que la propriété était incontestablement acquise à la famille Payne,
mais que la souveraineté en appartenait à la France.
En 1801, débarque à Sint Maarten une famille
Hollandaise originaire d’Utrecht, sous la conduite de Diederick
Johannes Van Romondt, qui deviendra un important
propriétaire terrien. L’empire ne fera que croître, car faute de trouver des
partenaires convenables, les descendants se marient entre eux ! Comme Diederick, ses fils et petit fils seront fréquemment
gouverneurs de la partie hollandaise de l’île. Lorsque les taxes deviennent
trop importantes, les Van Romondt se réfugient sur
l’île de Tintamarre qui est devenue leur propriété.
En 1910, Diederick Charles II
Van Romondt quitte définitivement ses plantations saint-martinoises pour vivre sur sa petite île, comme un
prince solitaire. Il y installe la culture du coton avec une main d’œuvre anguillaise, mais les moyens sont insuffisants pour
démarrer sur une grande échelle et obtenir des profits immédiats. Il y
développe en plus des élevages bovins et ovins. Son cheptel atteint vite quatre
vingt vaches et cinq cent moutons. Ses produits notamment « le beurre de
tintamarre », acquièrent une bonne réputation dans les Antilles.
Graduellement, il devient le
roi sans couronne d’une communauté d’une centaine de personnes toutes à son
service. Il ouvre un magasin à l’enseigne « Ik Dien » (je sers) pour approvisionner ses employés. Il
ne bat pas monnaie, mais importe des cents de Curaçao, qui n’ont pas cours à Sint Maarten, et qui serviront de
monnaie d’échange valant un demi penny. Les gens quittant Tintamarre pourront
échanger leurs économies en monnaie ayant cours à Sint
Maarten.
Cette communauté remarquable
reçut de nombreuses visites : gouverneurs de Guadeloupe et des Antilles
Néerlandaises, ainsi que des … journalistes. Ce qui valut des articles en
Europe sur « le roi de Tintamarre », célibataire, solitaire, vivant
sur une île minuscule, jouant sur son piano du Mozart et du Gounod, cultivant
fleurs et légumes, chassant et pêchant. Conséquence : Van Romondt reçut de nombreuses demandes en mariage de
Françaises, Allemandes et Italiennes, mais en vain : il reste célibataire,
ou presque. En 1931, il vend son domaine à un officier français et retourne
dans sa plantation de Mary’s Fancy. Avec son départ,
Tintamarre perd sa communauté mais aussi son aspect romantique.
Les Van Romondt
ont eu, avec des femmes de couleur, une large progéniture née en dehors du
mariage et appelée « enfant de dehors ». Diederick
Charles II ne faillit pas à la réputation. Il ne sa maria pas et vécut en
communauté jusqu’à sa mort en 1943, avec sa dernière amie. La fille d’une de
ses nièces lui ayant reproché cette liaison, il fit son testament en faveur de
sa favorite, qui le rejoignit anonymement dans sa tombe en 1956.
L’île de Tintamarre vécut
bien d’autres péripéties durant la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, elle
reste très attractive pour les plaisanciers, qui préfèrent sa plage romantique
de fin sable blanc aux vestiges du passé enfouis dans les broussailles.